Cette page dit tout ce qui garantit la mesure : comment le questionnaire est construit, d'où viennent les chiffres, ce qui est fait de vos réponses, et ce que nous ne savons pas encore faire. Elle s'adresse d'abord aux statisticiens du travail, aux observatoires de branche, aux juristes et aux journalistes — mais rien n'y est réservé aux spécialistes.
Principe : on n'attaque pas ce qui est déjà exposé. Ce qui est fragile est écrit ici avant que quelqu'un d'autre ne le trouve.
Sitria est un instrument de mesure du rapport à l'intelligence artificielle au travail. Une personne active — salariée, indépendante, en recherche d'emploi, étudiante, en fin de carrière — répond à 34 questions en sept minutes environ, obtient immédiatement un positionnement documenté, et peut le refaire tous les trois mois pour suivre son évolution. Le modèle est celui des outils de santé publique sur l'alimentation ou le sommeil : rendre visible et situable quelque chose que chacun ressent confusément.
Ce n'est pas un score de risque, ni un « taux d'exposition » (la formule place la personne en position de victime et ne produit que de l'anxiété ou du déni), ni un outil destiné aux ressources humaines, ni un catalogue de formations. Aucun chiffre individuel ne parvient jamais à un employeur ; aucune formation n'est vendue ni commissionnée ; aucune publicité n'est affichée.
Le constat individuel est gratuit et complet. En parallèle, et seulement avec le consentement de chacun, les réponses agrégées alimenteront un baromètre national trimestriel — c'est lui qui porte la mission d'information du public.
C'est la décision structurante de tout l'instrument, et la première chose qu'un lecteur pressé pourrait manquer.
L'axe A — ce qui bouge sans moi décrit l'exposition du métier : lente, extérieure, subie. Il est alimenté uniquement par des données publiques (organismes statistiques, recherche, publications d'éditeurs identifiées comme telles). Il ne dépend d'aucune réponse de la personne aux questions notées.
L'axe B — ce que je construis décrit ce que la personne pilote : son usage, sa compétence mesurée, son hygiène des données. Il bouge vite, et il ne bouge que par elle.
Pourquoi ne jamais les fusionner. Un score unique mélangerait ce que la personne subit et ce qu'elle pilote ; la progression deviendrait illisible et le chiffre indéfendable. Le même raisonnement interdit toute jauge, tout feu tricolore, tout pourcentage de destruction d'emplois. La restitution montre les deux axes côte à côte — y compris dans la « météo IA », où l'axe A est horizontal, l'axe B vertical, et où aucune diagonale n'est jamais tracée.
L'indicateur central : l'écart de transfert. Différence entre l'intensité d'usage personnel et l'intensité d'usage professionnel, à compétence donnée. Quelqu'un qui utilise beaucoup l'IA chez lui et pas au travail n'a pas un problème de compétence mais de transposition. Cet indicateur est intra-individuel : il fonctionne dès la première réponse, sans population de référence. Il est déclaratif, donc il ne sert jamais de chiffre de couverture au baromètre ; il ne se déclenche que dans un sens (un usage d'abord professionnel n'est pas un problème) ; et la compétence mesurée est indifférente au terrain où elle a été acquise.
34 items : 8 de profil, puis 26 répartis en cinq sections. Le profil (métier, situation, ancienneté, tranche d'âge, région, taille d'organisation, niveau de formation, sexe) ne se note pas ; il sert à situer les réponses et, plus tard, à comparer aux bonnes personnes. La région est collectée plutôt que le département, la tranche d'âge plutôt que l'âge, afin que le profil seul ne permette pas d'identifier quelqu'un.
| Section | Ce qu'elle mesure | Notée ? |
|---|---|---|
| A1 · usage personnel (3) | Fréquence, usages, outils essayés, en dehors du travail | Non — situe |
| A2 · usage dans l'activité (3) | La même chose dans l'activité principale, formulée pour inclure études, recherche d'emploi, projets | Non — situe |
| B · formuler une demande (4) | Première façon d'échouer : on n'obtient rien d'utile. Coût : du temps | Oui |
| C · vérifier (5) | Deuxième façon : on croit quelque chose de faux. Coût : sa crédibilité | Oui |
| D · données et responsabilité (8, dont 5 notées) | Troisième façon : le résultat est bon mais on a créé un risque. Coût : juridique. Les items 21 et 22 décrivent une situation (règle interne, compte unique) et ne sont pas notés ; l'item 23 est sensible et n'entre jamais dans le score | 5 sur 8 |
| E · positionnement métier (3) | Ce que la personne pense de l'évolution de son métier | Non — situe |
Le score de compétence ne sort que de B, C et D. Quelqu'un qui n'utilise rien parce que son métier est peu concerné ne reçoit pas de mauvaise note. Les trois sous-scores sont restitués séparément, jamais additionnés, sans pondération ni percentile tant qu'aucune population de référence n'existe (voir § 9).
Aux passages suivants, le profil n'est pas redemandé. Sur les 26 items, 16 sont invariants — eux seuls rendent la courbe comparable d'un trimestre à l'autre — et 10 sont renouvelés à chaque vague, pour qu'on ne mémorise pas les réponses. Les items renouvelés doivent être de difficulté équivalente, calibrée sur le taux de réussite observé ; cette banque d'items calibrés n'existe pas encore (voir § 9). Le statut de chaque item vit dans un document unique faisant foi ; la coexistence de deux descriptions de l'instrument a déjà produit une erreur de numérotation, corrigée, et c'est pourquoi il n'y en a plus qu'une.
L'item 23 demande si l'employeur sait que la personne utilise une IA dans son travail. Il ne demande pas la transgression, il demande l'état des lieux, et il sépare trois situations que le sensationnalisme confond : usage sans qu'aucune règle n'existe (un vide, pas une faute — c'est le cas majoritaire), usage alors qu'une règle existe (là seulement il y a écart), pas d'usage professionnel. Une sortie explicite — « je préfère ne pas répondre » — est proposée, et le taux de refus sera publié. Cet item fait partie du noyau invariant, parce qu'un taux d'écart à la règle mesuré une seule fois ne vaut rien.
En tête du questionnaire, et invariante : un assistant conversationnel, un générateur d'images ou de sons, une fonction de rédaction, de résumé ou de traduction intégrée à un logiciel ou à un moteur de recherche ; gratuit ou payant, autonome ou intégré à un outil déjà utilisé. Sans elle, les fonctions intégrées sont massivement omises et deux répondants ne mesurent pas la même chose. Elle est formulée par catégories et non par marques, qui se périment en deux vagues.
La clé de correction actuelle est provisoire : elle a été écrite par l'équipe et n'a pas encore été validée par le comité méthodologique. Elle est lisible intégralement dans la page du questionnaire, en ouvrant le « capot ».
Tout chiffre affiché s'écrit de la même façon : valeur — source — année — champ — niveau de fiabilité. La régularité de cette écriture est elle-même un signal : elle rend l'omission visible.
| Niveau | Définition | Règle d'affichage |
|---|---|---|
| 1 · mesuré | Donnée observée par un organisme statistique | Valeur ponctuelle autorisée |
| 2 · déclaré | Enquête sur échantillon | Mention « déclaré », année, échantillon |
| 3 · estimé | Modèle appliqué à des données réelles | Fourchette obligatoire si les sources divergent ; jamais moyennées |
| 4 · projeté | Transposition ou prévision, notamment depuis les États-Unis | Visuellement distinct (cadre pointillé, couleur dédiée) ; jamais formulé comme un fait ; jamais seul |
Pas de source, pas d'affichage. Quand une donnée manque, la page le dit et laisse la place vide plutôt que de combler par une approximation. Un métier non rattaché au référentiel n'obtient aucun chiffre de métier.
Les enquêtes citées dans la section « Vous et les autres » portent un grade : A institution publique ou recherche académique, méthode publiée ; B institut certifié, échantillon représentatif, commanditaire sans intérêt direct dans le résultat ; C commanditaire éditeur d'IA, vendeur de logiciel, cabinet de conseil ou de recrutement — le chiffre est alors affiché avec le nom du commanditaire et jamais seul si une source A ou B existe. Les chiffres repris de presse sans accès à la source, ou issus d'échantillons auto-sélectionnés, ne sont pas affichés. Quand deux enquêtes divergent, les deux sont montrées et l'écart est commenté (question posée, population, période). Une enquête de plus de vingt-quatre mois n'est plus présentée comme référence courante. Cette grille est une convention de Sitria, pas une norme : un statisticien peut la contester, et le classement en C d'une enquête méthodologiquement solide mais commanditée par un éditeur est le point le plus discutable.
Les données américaines (Microsoft Research, Anthropic Economic Index, Bureau of Labor Statistics) donnent un temps d'avance, inégal selon les métiers. Leur usage est strictement borné : elles disent quelles tâches basculent et dans quel ordre — jamais combien d'emplois disparaîtront en France, où l'ajustement se fait par le non-remplacement et la réorganisation des tâches, pas par les effectifs. Le décalage France / États-Unis est une hypothèse de travail par famille de métiers (de quelques mois sur le développement logiciel à plusieurs années sur les métiers manuels), de niveau 4, et présentée comme telle. Les données Anthropic mesurent l'usage d'un seul assistant, pas le marché ; les temps « sans IA / avec IA » qu'elles contiennent sont des estimations par modèle, pas des mesures.
La saisie du métier s'appuie sur les 14 301 appellations du ROME (France Travail, arborescence de juin 2026 : 1 911 fiches). Une fiche ROME est ensuite rattachée, d'une part à une famille de métiers (douze familles dans ce référentiel de démarrage, décrites avec leurs sources ; 400 fiches — agriculture, arts, hôtellerie, sécurité… — n'ont pas encore de famille et ne reçoivent donc aucune donnée de famille), d'autre part aux professions américaines qui portent les données de niveau 4.
Ce second rattachement est le point technique le plus délicat, et il est entièrement exposé. Aucune table officielle ne relie directement le ROME aux professions américaines (SOC). Nous avons assemblé deux chaînes de correspondances officielles : ROME → familles professionnelles (DARES) → PCS (Insee) → ISCO-08 (Insee) → SOC 2010 (Bureau of Labor Statistics) → SOC 2018 (BLS) ; et ROME 2026 → ROME antérieur (reconstruit par les codes des appellations, la table officielle n'existant pas) → ISCO-08 (correspondance France Travail utilisée pour EURES) → SOC. Chaque maillon est probabiliste ; le résultat est donc une liste de professions américaines avec un poids, pas une équivalence, et c'est cette liste qui est affichée.
Trois faiblesses sont connues et écrites : la table DARES ne couvre que les 532 fiches de l'ancien ROME, les 1 379 fiches créées depuis sont rattachées par reconstruction ; l'inversion de la table PCS ↔ familles professionnelles est faite sans effectifs par PCS, faute de table publique à ce niveau ; l'ISCO classe certaines professions françaises réglementées à un niveau inférieur à leur réalité (les infirmiers, par exemple), ce qu'aucune pondération ne corrige. Pour ces raisons, le rattachement affiché porte toujours son statut : validé à la main par l'équipe (85 métiers courants), automatique (issu de la chaîne, non vérifié), ou approximatif (fiche récente rattachée par son groupe, à confirmer). Le détail maillon par maillon, avec les fichiers sources et les statistiques de concordance, est dans la banque de sources, disponible sur demande.
Dans la version que vous consultez, aucune réponse ne quitte votre navigateur. La page est un fichier statique : il n'y a ni serveur de traitement, ni base de données, ni compte, ni adresse demandée, ni cookie, ni outil de mesure d'audience. Le résultat est calculé sur votre appareil. Le « code Sitria » et le « jeton de résultat » qui vous sont donnés sont générés localement et ne sont conservés que par vous ; si vous les perdez, personne ne peut vous les renvoyer, précisément parce que personne ne les détient. Nous ne pouvons donc, en l'état, produire aucune statistique : cette version sert à tester l'instrument et sa restitution, pas à collecter.
Quand la collecte s'ouvrira, elle suivra les règles suivantes, déjà arbitrées et qui seront écrites dans la politique de protection des données avant le premier envoi :
Le sexe est collecté en fin de profil, facultatif, en deux modalités pour rester calable sur l'enquête Emploi. Il n'entre dans aucun calcul individuel — une différence de traitement fondée sur le sexe en contexte d'emploi serait indéfendable — mais il est indispensable au baromètre : l'OIT mesure une exposition à l'IA générative nettement plus forte dans les professions à dominante féminine, et la question que Sitria peut départager, et que personne n'a documentée, est celle-ci : à compétence égale et métier égal, l'usage professionnel diffère-t-il selon le sexe ? Le baromètre publiera la ventilation, pas une conclusion militante.
Jamais « vous avez régressé » : quand quelqu'un n'a pas bougé et que le niveau de référence a monté, on écrit « vous n'avez pas bougé, votre métier si ». Jamais « exposé » pour dire « menacé » : un métier très exposé peut être un métier qui tire parti de l'IA. Jamais « votre métier va perdre X % de ses postes ». Jamais un chiffre de niveau 4 sans son cadre distinct.
Sitria est édité par SPOR SAS, une société indépendante qui ne vend ni formation, ni logiciel d'IA, ni prestation de recrutement. Aucune commission n'est perçue sur les pistes proposées ; les points d'entrée indiqués (compte personnel de formation, opérateurs de compétences, entretien professionnel) sont publics. Le modèle économique envisagé — un volet payant d'accompagnement, à l'acte, après le constat gratuit, et la mise à disposition de données agrégées aux branches — sera décrit ici avant d'exister.
Aujourd'hui. L'instrument, la clé de correction, le référentiel de familles et les rattachements ont été construits par l'équipe de SPOR SAS, avec une assistance d'intelligence artificielle pour la documentation et le code, et vérifiés par elle. Un conseil juridique interne a suivi la conception, en amont de la désignation d'un délégué à la protection des données externe, qui interviendra avant toute collecte.
Trois sièges : un économiste du travail, un statisticien d'enquête, un juriste (données et droit du travail). Leur rôle : valider la clé de correction, arbitrer la règle de redressement, examiner la banque d'items, signer la notice définitive — et pouvoir dire publiquement où ils ne sont pas d'accord. Ce que Sitria offre en échange n'est pas de l'argent : c'est l'accès à une donnée qui n'existe nulle part en France ni en Europe — un suivi des mêmes personnes dans le temps sur la littératie en IA — et la co-signature des publications.
Si cette page vous a donné envie de discuter, ou de contredire : contact@sitria.fr.
Le questionnaire porte un mode « capot ouvert » qui affiche, question par question et résultat par résultat, la méthode, le calcul, le statut de rotation et les problèmes connus. Le code de la page est lisible en clair dans le navigateur. La banque de sources — grade de chaque enquête, jeux de données, maillons de correspondance, calendrier de mise à jour — est communiquée sur demande à toute personne qui en fait un usage de vérification.
Un observatoire de branche peut recevoir gratuitement, quand le baromètre existera, les chiffres de ses propres métiers : c'est le principe — donner aux branches leurs données plutôt que les concurrencer. Un statisticien peut demander la banque de sources et les fichiers de correspondance. Un juriste peut demander la politique de protection des données en préparation, qui couvrira les deux régimes (formulaire sans compte, puis compte minimal). Un journaliste peut demander la notice et citer cette page. Une personne qui a fait le test peut simplement dire ce qu'elle n'a pas compris : les explications au survol du questionnaire ont été écrites à partir de ces remarques et continueront de l'être.
contact@sitria.fr — les messages sont lus par l'équipe, sans automate.